mercredi 17 mai 2023

Lire

 


ChatGPT est un logiciel de lecture.


Cela rend bien des profs nerveux.


Suis-je assez compétent pour faire la différence entre un texte d’étudiant et un de ChatGPT?


Un jour, un étudiant m’envoie un texte de 10 pages. Dès la première phrase, je reconnais l’écriture de l’hebdomadaire français L’Obs.


Le texte avait été copié de trois magazines français: L’Obs, Le Point et L’express.


Une première version n’est jamais aussi bien écrite du premier coup.


Je vous ai envoyé mes notes de recherche, écrit l’étudiant. Tu as essayé de compenser tes lacunes en copiant, dit ma voix intérieure.


J’écris pour proposer une lecture.


Convaincre, c’est faire adhérer à une lecture.


Toutes les premières versions de textes comportent des maladresses et des erreurs. Des répétitions, une mauvaise structure, des erreurs d’orthographe, de ponctuation, de syntaxe. Des faits erronés.


Le texte prend sa forme d’une version à l’autre.


Vous le verriez en lisant la première version de ce texte. Pas besoin d’être prof.


ChatGPT écrit très bien des textes farcis d’erreurs.


Avant de diffuser un texte de ChatGPT, je dois vérifier ses arguments, les dates, les noms, les faits.


L’erreur est humaine.


La qualité de ChatGPT est de trop bien écrire.


Son défaut est d’être une créature humaine.


Il y a quelques années, j’ai lu le premier chapitre d’une vingtaine de mémoires de maitrise et de thèses de doctorat.


Des textes farcis d’erreurs. Pas tous, la plupart.


Des idées touffues, des textes mal structurés, des phrases longues. On annonce cinq points, on en présente sept, et ainsi de suite.


Quantité d’articles plagiés ou inventés ont trouvé leur place dans de grands quotidiens ou des magazines scientifiques.


ChatGPT est un outil.


Lorsqu’un marteau cogne un doigt, le doigt insulte l’ouvrier, pas le marteau.


Je ne suis pas inquiet de ChatGPT.


Je suis inquiet des profs qui ne savent pas lire.




samedi 15 avril 2023

Osmose

 

Osmose. Un mot rare de nos jours.


Il veut dire interpénétration, influence réciproque (merci Wiki).


Collé-collé.


J’ai entendu le mot dans le documentaire Notre-Dame de Paris, le chantier du siècle, épisode 2, L’harmonie des forces.


Il y a 800 ans, on a choisi des chênes dans une forêt. Celui-là, celui-là, pas celui-là.


Une fois taillé, chacun deviendra une poutre dans la toiture de la cathédrale Notre-Dame, à Paris.


On a longtemps pensé qu’il s’agissait de vieux gros chênes, taillés en morceaux. Eh bien non. Des chênes de 60 à 80 ans, longs et droits.


Il y en a eu 1000 en tout. D’où le surnom de « forêt » pour l’ensemble de la structure.


Des chênes par osmose.


Les hommes coupaient un gros vieux chêne. De la souche, poussaient deux ou trois tiges.


Elles montaient droit vers le ciel, en quête de lumière.


Dans leur course, les tiges ne produisaient pas de branches. Cela donnait du bois sans noeud. L’idéal pour un charpentier qui taille des poutres.


C’est ainsi qu’on planifiait les structures de bois des cathédrales. Un siècle à l’avance.


J’aimerais commander 1000 chênes. Mon petit-fils passera les prendre dans 100 ans.


Cela s’appelle investir pour les générations futures. À la vitesse de la nature.


On avait procédé de même 400 ans plus tôt, pour ériger sur le même site la cathédrale précédente.


La semaine dernière, je suis allé chercher quelques planches à clôture, pour réparer des dégâts de verglas. Il y avait des noeuds partout.


L’osmose est un pacte entre deux parties de même nature. Je te donne 100 ans, tu me donnes du bois droit sans noeud.


La patience et la perfection.


Ensemble, nous charpenterons mille poutres.


Je pourrais bâtir des cathédrales, disait mon père.


Les poutres de Notre-Dame ont tenu 800 ans.


L’histoire ne dit pas qui, du grand-père et du petit-fils, a payé les 1000 arbres.


Le chêne et le charpentier.


La nature et l’humanité.





samedi 8 avril 2023

À la claire chandelle

 

Hier, je suis allé à la Grande bibliothèque.


J’ai eu l’idée originale d’aller recharger mon téléphone.


Le rayonnement intellectuel d’un téléphone intelligent varie selon la charge de sa pile.


Durant une panne d’électricité, tous les Bonhommes Sept Heures disparaissent.


Algorithmes, méta données, intelligence artificielle. Tout fout le camp.


L’important, c’est le courant.


Mon ami rédacteur Luc Mérineau signe ses messages avec la mention Intelligence naturelle.


Celle qui revient au galop lorsque le courant ne passe plus.


Nous avons été cinquante mille à avoir la même idée originale.


Il y avait du monde partout. Au rez-de-chaussée, au premier, au deuxième. Toutes les chaises, tous les bancs, les fauteuils, étaient occupés. Même le plancher.


Toutes les prises de courant assignées à ces sièges, aussi.


Des cheveux longs, courts, bouclés, noirs, blancs.


Les sièges disponibles n’offraient pas de prise de courant.


Dans une ambiance feutrée, un écran diffuse un halo, à la manière d’une chandelle.


Le dictionnaire donne en exemple le halo d’un réverbère.


Le contact se fait à la frontière du halo et du regard.


Je ne sais pas ce qui génère le brillant dans les yeux.


Le reflet de la lumière extérieure ou l’appétit intérieur.


C’est le retour à la chandelle. Il y en avait plein, partout.


La lumière est l’interface de la curiosité.


L’intelligence naturelle.






dimanche 26 mars 2023

Apprendre

 

Je viens de lire À la racine du raisonnement, un article de Benoit Rittaud.


Benoit Rittaud est enseignant-chercheur à l’Université Sorbonne Paris Nord, dit la note en bas de page 23, dans Le Monde diplomatique de mars 2023.


Monsieur Rittaud évoque la découverte de la racine carrée de 2, il y a 4 000 ans.


1,4142 et des poussières.


Un nombre irrationnel, dit-on de nos jours. À cause des poussières.


Ce nombre a obligé les penseurs au raisonnement mathématique.


Avec les nombres rationnels, tout était plus simple. C’est ce que je comprends.


J’ai la chance de ne pas utiliser les nombres dans mes cours de rédaction. Ainsi, 3 s’écrit trois.


Or, le raisonnement passe non pas par les nombres, mais par les lettres. Elles tracent le chemin de la découverte.


Plutôt que de demander dans un examen deux et deux font combien, je demanderais pourquoi deux et deux font quatre.


C’est la différence entre répéter et raisonner.


Le raisonnement constitue le coeur même des mathématiques, écrit Benoit Rittaud.


Lire un raisonnement expliquant pourquoi deux et deux font quatre exige de l’enseignant à raisonner à son tour.


Cela s’appelle la conversation.


Apprendre n’est pas une répétition du par coeur.


Apprendre, c’est raisonner sur le comment des choses.


La tâche de l’enseignant consiste à transmettre des notions qu’il a eu lui-même du plaisir à apprendre.


C’est la différence entre le passionné et le fonctionnaire.


L’algèbre enseigne les égalités et la géométrie, les inégalités.


Quand j’ai lu ça, j’ai tout compris des mathématiques.


Dans les mots de Benoit Rittaud, le nombre est l’outil des comptables et la géométrie, celui des arpenteurs.


Je me suis consacré aux mots, l’esprit tranquille.


La vie n’était pas plate, il y a quatre mille ans.


Les mathématiques ouvraient les esprits à la découverte.


Comme l’intelligence artificielle aujourd’hui.


Nous n’avons pas assez d’une vie pour faire le tour des vingt-six lettres de l’alphabet.




samedi 18 mars 2023

Pierre Perrault

 

Place à l’imaginaire.


Comme dans Pierre Perrault, un poète sans bon sens. Une série présentée par Joël le Bigot, sur OHdio. En ouverture, le piano de Claude Léveillée.


Le cinéaste documentaire Pierre Perrault a participé à 700 émissions de radio.


La radio est le degré zéro du documentaire.


La tradition orale avec un piton.


À la radio, l’écran est plus large, disait le réalisateur américain Orson Welles.


J’écoute le son. J’imaginaire le reste, dirait Sol.


Faites de la radio, faites de la radio, dit Pierre Perrault. Apprenez ce qu’est la parole.


Une parole pas de dentier change le son d’un homme.


Le dentier est la guimbarde du parleur.


J’ai vu plusieurs fois son documentaire Pour la suite du monde, sur le monde de l’Ile-aux-Coudres.


Je n’écouterais que le son, il serait aussi bon.


Rentré chez lui, Perrault transcrit intégralement les entrevues. Cela donne accès à la structure de la pensée, dit-il, en 1956.


C’est comme l’eau d’un lac. Approchez-vous. Vous découvrez le fond de sable, de roches, un poisson, des matières en suspension, un bout d’herbe, une mouche qui flotte.


Vue de près, l’eau structure votre pensée.


Pour savoir comment qui vous parle pense, écrivez-le.


Pierre Perrault, cinéaste de films documentaires, homme de radio, est épris de mots.


Le réalisateur Podz est en réalité un écrivain. Dans Minuit le soir, il a coupé les mots superflus pour donner la parole à l’homme en amitié.


Le designer Michel Dallaire a conçu le Bixi comme un boomerang. Celui qui revient toujours à sa base.


Le Bixi est un texte.


Le cinéaste Jean-Claude Labrecque se présente comme un archiviste.


Un texte en dit toujours plus long à qui est curieux.


Il suffit de creuser jusqu’à l’auteur.


Je suis de lacs et de rivières, chante Claude Gauthier.


Et les crapauds chantent la liberté, chante Félix.


Merveilleux métier.