samedi 18 juin 2016

Je suis qwerty




Bonjour, madame de Pirate. Je n’oserai vous appeler Cœur, une petite gêne.

Vous avez annoncé cette semaine être queer. Je ne sais pas ce que ça veut dire mais ça tombe bien, car je suis qwerty. Qwerty est le clavier avec lequel je vous écris.

Querty est nettement plus agréable qu’azerty, cousin clavier utilisé, entre autres, en Afrique. Je ne vous conterai pas ces moments d’enfer passés sur un clavier azerty à chercher les lettres et les accents pour gosser des courriels, à la réception d’un hôtel d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Un A à la place du Q et un Z pour un W, épouvqntqble.

Mais, me direz-vous, que vient faire qwerty dans mon queer? Eh bien rien, justement. Vous n’avez rien à faire de mon qwerty et moi non plus de votre queer. Et ce n’est pas dit méchamment.

Ce que je veux vous dire, c’est que votre orientation sexuelle n’intéresse personne, pas plus que la mienne n’intéresse quelqu’un. Je vous fais une suggestion : l’orientation sexuelle et la religion font partie de l’intimité.

Queer et qwerty, c’est comme facebook; ce qui s’y écrit n’intéresse personne. Les gens partagent l’illusion de partager, alors qu’il n’en est rien. Mes photos de vacances, mon avancement, mon nouveau bébé, mon peut-être accident que j’ai presque eu, non plus. Serge Fiori parlait de solitude.

Vous êtes une femme. Vous aimez aimer. Vous désirez un homme, une femme, c’est merveilleux. Vous croyez important que je le sache. Je vous dis non. Je vous souhaite simplement d’être heureuse.

Votre piano a une queue et ma guitare a un manche. Nous aimons tous les deux la vie.







lundi 6 juin 2016

Il n'y a que les mots (deux)



D’où viennent les mots? Des grottes de Lascaux. Nous avons tous en notre intérieur un endroit où siègent nos mots. Ce sont des impressions, des intuitions, des flous, rarement des phrases complètes. Les flous prennent la forme de lettres ou d’images à l’étage supérieur, entre les oreilles.

Les grottes de Lascaux sont situées dans le corps de la France. Des dessins écrits sur les parois, ou l’art pariétal. Je ne sais pas si l’humanité a produit quelque chose de plus beau. Les grottes de Lascaux sont probablement l’endroit où la Terre puise ses mots lorsqu’elle les cherche.

En Occident, le texte est un parcours de gauche à droite et de haut en bas. Au fil du récit, le lecteur crée ses images à partir des lettres. Les mots ont beau être imprimés, chaque sensibilité voit ses images.

On aborde une image au contraire des lettres. L’image crée une impression. J’aime ça, je n’aime pas ça, c’est donc ben bizarre. Je ne sais pas pourquoi encore, mais ça s’en vient. Il y a quelque chose qui me plait dans cette photo, la brume, les couleurs. En fait, les éléments ont l’air fragiles, mais l’ensemble est très bien campé. Voilà. Le trajet peut prendre cinq minutes ou trois mois.

Pour qu’il y ait conversation, pour voir sur la toile que le philosophe médite dans une maison, il faut bien que ces mots existent dans le répertoire de Rembrandt et dans le mien.

Dans mon parcours, l’école a toujours porté son attention uniquement sur les mots écrits, jamais sur les mots dessinés. La grammaire française est une dictature des lettres.

Curieusement, l’école ne m’a jamais appris à écrire. Elle m’a montré à organiser une phrase, sujet, verbe, complément. Elle m’a fait conjuguer les verbes, accorder les participes et adjectifs, mais à écrire, à aimer l’écriture, à développer un style, jamais. L’école ne m’a jamais montré autre chose que de me sentir ordinaire.

Le premier prof qui m’a éveillé, c’est le journaliste Pierre Foglia, dans un cours d’écriture journalistique, COM 2650, à l’UQAM. Il m’a enseigné la métaphore de l’ennui, une vache qui regarde passer un train. Il y a dans cette phrase tout un enseignement. Foglia a peint un dessin sur le mur de ma grotte. Il m’a appris à écrire des dessins.

Ecrire, c’est réfléchir, relire, réécrire, recommencer, pomme x, pomme v, gosser jusqu’à ce que la peau du morse soit lisse comme l’art inuit. Un bon texte, c’est le jeu de guitare de Jimi Hendrix, Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez et la lumière de Rembrandt.

L’écrivain Émile Zola a écrit J’accuse pour torpiller l’hypocrisie de l’armée française envers le capitaine Dreyfus. Le peintre Pablo Picasso a exécré les fascistes allemands et italiens avec Guernica, après le bombardement de la ville du même nom. Zola et Picasso sont des descendants de Lascaux.

Si je revoyais mes professeurs de l’école primaire, je leur suggèrerais d’enseigner la perspective des mots. Je leur dirais d’ouvrir l’imaginaire des ti-culs, le moteur de l’instruction. Mais les profs âgés de 30 ans il y a 50 ans n'enseignent plus à des enfants de 10 ans.

Ouvrez votre livre de mathématiques à la page 32. Dans le train pour Sainte-Adèle, y avait rien qu’un passager, c’était le conducteur et puis le chauffeur et il voulait débarquer. Dans le bout de Mont-Laurier, paraît qu’on a vu le train filer dans le firmament la nuit passée, tchou, tchou, tchou, tchou. De quel côté se dirige la fumée ?





lundi 30 mai 2016

Il n'y a que les mots





Il n’y a que les mots. Les mots en lettres et les mots en images. Ce sont les mêmes.

Les lettres sont séparées par un petit espace. Chaque mot se détache des autres pour former une phrase, une idée, une image.

Les images se content avec des mots. C’est la magnifique photo d’une jeune femme afghane aux yeux verts hallucinants, en page couverture du National Geographic, en juin 1985. Voilà une version en lettres de mots d’abord écrits en image.

L’opposition entre mots et images a longtemps créé un irritant dans le milieu de la publicité. C’est dû à un pléonasme historique. Au départ, il y avait un rédacteur, appelé concepteur-rédacteur. En anglais, on dit writer, c’est plus simple. À l’époque, l’image venait en appui aux lettres. Elle était produite par un graphiste.

Un jour, la pub est passée à l’âge adulte. C’est la campagne Think Small, de Volkswagen. Pour la première fois, la pub s’adresse à l’intelligence, avec une grande idée, pensez petit en Volkswagen. Il y a aussi eu l’annonce Lemon, mettant en vedette une coccinelle refusée par le service du contrôle de la qualité.

Cette campagne a été nommée campagne publicitaire du XXè siècle. Le concepteur-rédacteur était Julian Koenig et le directeur artistique, Helmut Krone. Elle est là, la source de tension. Le directeur artistique ne porte pas le titre de concepteur, alors qu’il en est un. Seul le rédacteur est gratifié du titre, comme si l’autre était un exécutant. Dire d’un publicitaire qu’il est concepteur est un pléonasme.

Les mots proviennent de la mémoire collective. La nature, mes parents et professeurs, les livres, la société, les films et ainsi de suite. On me les a enseignés un à un, jusqu’à ce que je sois en mesure de les utiliser à mon tour. Je suis sur Terre pour participer à la mémoire.

Ces mots désignent aussi bien une table, que l’amour et l’univers. Ce sont ceux que vous entendez dans votre tête lorsque vous lisez un texte, que vous nagez dans vos fantasmes et vos colères.

Un bon rédacteur crée des images avec des lettres. C’est le cas de Lemon. L’annonce ne sent pas le citron, elle qualifie la voiture de pas bonne. Un bon directeur artistique raconte une histoire avec une image. C’est le cas de Think Small, comme si on avait loué un trop grand studio blanc pour la photo d’une petite voiture timide.

En littérature, c’est Le parfum, de Patrick Süskind. Les lettres sentent le parfum. C’est Putain, de Nelly Arcand. Les lettres sentent le sperme. C’est Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez. Des lettres en spirale.

En peinture, c’est Les ménines, la noblesse de Velázquez; Guernica, la colère de Picasso, ou Le philosophe en méditation, la lumière de Rembrandt.

Pour décrire la toile de Rembrandt, j’ai besoin des mots maison, hommes, feu, face, à, la, fenêtre, lumière, marches, escalier, centre, mains, murs, planchers, dalles, et ainsi de suite. Il faudra aussi en utiliser qui ne sont pas dans la toile, comme fabuleux, vivant, génie. Cette toile date de 1632 et pourtant, l’homme qui se penche vers le feu est en 2016.

Les lettres et les images forment les textes. Guernica est un grand texte et Cent ans de solitude est un film magnifique. Le résultat est le même. Une image crée un impact sur moi à cause des mots que j’y lis. Les lettres font de même à cause des mots que j’y vois.

Derrière les lettres et les images, il y a des gens et des mots. C’est un endroit qui ressemble à la Louisiane, il y a plus d’un million d’années. On dirait le sud.






mercredi 11 mai 2016

Janis





Quand je suis petit, j’ai huit ans. Pour les souvenirs de mes six, sept, huit ou neuf ans, j’écris huit ans. C’est plus simple.

Huit ans, c’est l’année où une vitre est tombée sur mon bras droit et a coupé trois tendons. C’était le 4 juillet. Pour un gaucher, le bras droit, c’est un moindre mal. Huit ans, c’est l’année où le président Kennedy est allé à Dallas et moi, à La Conception.

Au chalet, ma sœur Michelle écoute du Johnny Halliday et le groupe Les Cailloux, qui ne m’excitent pas du tout. Heureusement, une nouvelle génération débarque de Liverpool. Les boites à chansons vont baisser le volume.

Quand je suis un peu plus vieux, j’ai douze ans. C’est l’année de ma première guitare, physio pour main droite.

À douze ans, j’entends Janis Joplin à la radio. Je n’achète pas de vinyles, j’écoute ceux de Jimi Hendrix via mon frère Gilles. La tête d’un garçon de douze ans est remplie d’imaginaires. Quand on y fait entrer Hendrix, le bar est ouvert. Mais on ne peut pas éviter la voix de Janis. Lorsqu’elle chante quelque part, on l’entend partout. Cette semaine, je n’ai pas évité Little Girl Blue, un documentaire sur elle à PBS.

Janis est morte j’avais quinze ans.

Quand elle était à l’université, les étudiants faisaient chaque année un concours pour élire le gars le plus laid de l’université. Un smatte a proposé Janis Joplin. Elle a gagné et elle a pleuré. Sa voix, c’était ça.

Après les concerts, ses musiciens rentraient à l’hôtel avec des filles, elle dormait seule.

Janis est morte seule. Quand un ami est entré dans la chambre, il a senti qu’il n’y avait personne. Elle était étendue sur le tapis. Sa voix, c’était aussi ça.

Après le document de deux heures, mon drame de Janis s’aligne sur ces trois éléments.

Dans Jimi Hendrix Documentary, le guitariste britannique Eric Clapton explique le génie. Lorsque le génie entre en lui chercher son inspiration, il est seul, personne ne peut l’accompagner.

En compagnie d’Hendrix, Clapton sentait une barrière. Personne ne joue comme Hendrix, personne ne place les doigts sur le manche comme lui. Personne ne donne le ton à ses cordes comme lui. Le génie est un no man’s land. Tu es nulle part et tout est là.

Hendrix a repris Sunshine of your love, de Cream. Il a joué sur scène Sgt Peppers lonely hearts club band, quatre jours après le lancement de l’album des Beatles, devant Paul McCartney et George Harrison.

Mais le génie se trouve dans All along the watchtower, sur l’album Electric Ladyland. À côté de la version d’Hendrix, l’originale de Bob Dylan a l’air d’un somnifère. Le génie réveille.

J’imagine Janis, accompagnée de Jimmy Page, John Paul Jones et John Bonham, de Led Zeppelin. Le chanteur Robert Plant peut rester chez lui.

Clapton dit qu’il ne peut rejoindre Hendrix. Janis chante à la télé. Elle est toujours devant.






dimanche 1 mai 2016

Une fenêtre dans la porte





Il est trois heures vingt dimanche dans la nuit, et je pense à Michel Foucault, philosophe français.

En 1984, je suis inscrit à la maitrise en com, à l'UQAM. Marike Finlay Pelinsky, prof du cours d'épistémologie, nous parle du décès de Foucault. Elle ne prononce pas sida, le mot tabou. Un mot tabou fait beaucoup de bruit dans les têtes, mais très peu quand il est chuchoté.

Quatre ans plus tôt, dans le dernier cours du bac en Psychosociologie de la communication, à l'UQAM, notre prof Bernard Schiele nous avait parlé de Foucault. Bernard avait l'habitude d’expliquer en décortiquant les arguments, comme un maniaque désosse un poulet. Il nous avait suggéré de lire Surveiller et punir sur une plage.

Une phrase dite est la plus fragile des communications. Si vous n’êtes pas là au moment où elle passe, si vous êtes distrait ou des écouteurs dans les oreilles, vous risquez de rater le coche. Ce jour-là, j’étais assis en plein dans la trajectoire des mots. J’ai lu Surveiller et punir sur une plage et ma vie a changé.

Foucault avait le don de virer des lieux communs comme des crêpes. Dans une conférence portant sur l'échec de la prison, il était venu à Montréal dire que la prison n’est pas un échec, mais une réussite. La prison remplit un rôle important dans la société, elle gère les illégalismes. La prison répond à un besoin, elle s’inscrit dans une dynamique sociale.

Je suis tombé en bas de ma chaise de plage. Je pensais à l'époque que la prison fonctionnait en linéaire. Tu fais un crime, tu vas en prison ; tu as purgé ta peine, tu sors de prison. La Terre tournait soudainement autour du soleil.

Le septembre suivant, je regarde Bernard Derome présenter les nouvelles à Radio-Canada, et je me demande si le processus de traitement des nouvelles répond lui aussi à une dynamique, au lieu de suivre un parcours linéaire. Un événement important arrive, les journalistes en parlent. J'ai mis quatre ans à répondre à cette question. En cours de route, Foucault est mort, durant le cours de Marike.

Un jour, je me suis débarrassé de mes livres académiques. Plusieurs ornaient les rayons de la bibliothèque pour donner un air intello. Je me suis débarrassé de cet air, en gardant uniquement les livres de Foucault, pour mes vieux jours.

J’ai essayé à quelques reprises depuis de lire Les mots et les choses. Je n'ai jamais pu me rendre plus loin que la page 30, je ne comprends pas un mot. Il reste l'Histoire de la folie, Surveiller et punir, et l'inachevée Histoire de la sexualité, en trois volumes.

Il y a deux semaines, j'écoutais une entrevue de Foucault sur youtube. Le cou entouré d’un col roulé, sa tête pas de cheveux disait que nous n'écrivons pas pour dire ce que nous pensons, mais pour ne plus avoir à y penser.

J'aime ce genre d'esprit tordu, jamais là où on l’attend. Au fond, la technique de Foucault est simple : chaque fois qu’on lui montre une porte, il voit une fenêtre.






lundi 18 avril 2016

Le passé d’aujourd’hui



Je viens de changer mon passé. Mon passé est beaucoup mieux que ce qu’on a voulu me cacher. Si on a voulu me le cacher si longtemps, c’est parce que nous ne sommes pas les héros de mon passé. Et lorsque nous ne sommes pas les héros de notre passé, nous faisons en sorte de le devenir.

Voici dans le désordre quelques grandes lignes de mon nouveau passé.

En Amérique du Nord comme en Amérique du Sud, les européens ont fait la rencontre de civilisations plus avancées que les leurs.

Cristóbal Colón n’a pas découvert l’Amérique, il l’a créée.

Lorsque les Hollandais, les Britanniques, les Espagnols et les Français ont débarqué dans les amériques, les autochtones maitrisaient tout le territoire.

La forêt amazonienne est un long jardin de 4 500 kilomètres, aménagé par des millénaires d’autochtones.

Les arcs étaient beaucoup plus puissants et plus précis que les fusils. Le seul avantage des fusils, c’était le bruit.

Les mocassins étaient beaucoup plus souples que les souliers à talon de bois et les bas de soie. Le vêtement autochtone se marie à l'environnement dont il est issu. Le vêtement européen marque le statut de celui qui le porte. C’est la non rencontre du cercle et de la pyramide.

Les canots étaient beaucoup plus légers et rapides que les chaloupes européennes.

Les autochtones incendiaient les forêts et les prés de façon contrôlée, pour gérer les cheptels et aménager le territoire.

Un tumulus vieux de 5400 ans trône, à Monks Mound, en Illinois, aux Etats-Unis. Il a été construit par les autochtones, mille ans avant les pyramides de Guizeh, en Égypte.

Les sociétés autochtones étaient égalitaires et libres. Un grand nombre de colons a préféré l’appel des bois à la société hiérarchique et étouffante à la française.

La conquête des Amériques par les européens est le résultat d’un impérialisme écologique. Plus que les armes, les virus, les bactéries et un désordre écologique ont eu raison des autochtones.

Cristóbal Colón portait bien son nom.

C’était quelques lignes de mon nouveau passé, lues depuis un an. Les auteurs sont des historiens, anthropologues, journalistes scientifiques, archéologues. Pas un seul curé. Leurs ouvrages sont assez récents : Le rêve de Champlain, Elles ont fait l’Amérique, Ils ont couru l’Amérique, Sapiens, une brève histoire de l’humanité, 1491, 1493.

Par définition, le conquérant a la vue courte. Il ne peut voir les choses autrement puisqu’il pratique la courte vue. Pour reconnaître le génie de l’autre, il suffirait de le voir. C’est comme demander à un idiot de décrire l’intelligence. Cela donne des mensonges longs de 500 ans, dont 170 ans de pensionnats autochtones et des viols à Val d’Or.

Mon nouveau passé dit que les sociétés millénaires de nos « ennemis » étaient plus avancées que la nôtre; c’est pour cela que nous les avons exterminées. Je me tourne vers mon ancien passé, fait de sauvages, de martyres et de curés, et je le traite d’imbécile.

Grâce à mon nouveau passé, mon présent n’est plus lui-même. C’est Back to the future 1. Si Marty McFly ne réussit pas à rendre ses futurs parents amoureux, il n’aura lui-même aucun avenir.

Pour mettre le passé à jour, il est préférable d’ouvrir soi-même le livre. Attendre après le ministère de l’Éducation risque de prendre du temps.

Les redresseurs de passé s’appellent David Hackett-Fischer, Serge Bouchard, Marie-Christine Lévesque, Yuval Noah Harari, Charles C. Mann. Il y en a d’autres. Le passé d’aujourd’hui ne fait que commencer.





mercredi 13 avril 2016

Il s’appelle Mark Landry





Il ne se passe pas grand chose dans un escalier roulant. Il se passe encore moins quelque chose dans l’escalier roulant de la station de métro Joliette, un samedi matin à huit heures. Le mur et le plafond se rapprochent lentement.

Il y a deux ans, la musique d’un violon est venue alléger ma montée. C’est une bourrasque de vent chaud qui passe à l’intérieur. Elle arrivait de quelque part en haut.

La musique de violon sortait d’un tas de linges et de couvertures. J’ai vu une barbe et des mains. Un caméléon dans un tas de linge, sur un plancher de céramique, dans une station de métro, en hiver. Les samedis suivants, il n’était pas là.

Ce monsieur s’est fait voler son violon cette semaine. Sa photo est en première page du Devoir ce matin, avec un violon neuf.

Le violoniste a un nom et un violon. Il s’appelle Mark Landry. Sa musique passe au-dessus de la rampe et se rue dans l’escalier roulant pour transporter les voyageurs en pleine montée.

Sa barbe est sale, ses doigts aussi. Il faut être sale en quelque part pour jouer aussi bien. Le cœur est grafigné et le disque ne saute pas.