jeudi 26 février 2026

Une tablée Cossette

 

Dans un resto, une tablée d’anciens de Cossette.


Un party de bureau, en moins nombreux.


J’entre dans la tablée comme un verbe dans une phrase.


Je suis assis entre Georges et Daniel. Nicole, Michel, Pierre et Gilles complètent le tour de table. Le dos de l’ami Normand médias l’enjoint de rester à la maison.


Des gens du développement des affaires, de la planification et du service conseil, de la production électronique, de la création, du design et des relations publiques.


Il ne manque qu’un briefing, un mandat, pour développer une campagne de communication.


Sujets, verbes, compléments, mais pas dans l’ordre.


J’ai connu tout ce beau monde à la fin des années 80.


L’agence trônait au 1558, avenue Docteur-Penfield, dans les anciens locaux du consulat américain, à Montréal.


C’était un campus de quatre ou cinq bâtiments. Cossette, service conseil et création, Graphème design, Optimum relations publiques, Impact recherche, Geyser recherche de noms.


Tout le monde aimait travailler à l’agence.


Le matin, j’entendais des trompettes en marchant l’allée.


Un sentiment collégial chaque jour. Avec les clients et les partenaires extérieurs. Créatifs, musiciens, réalisateurs, comédiens, producteurs. J’ai apprécié ce sentiment d’une époque, au point de l’emporter lors mon départ.


Le mandat donné aux créatifs était simple et pas simple. Trouvez des idées. Ne vous limitez pas. Vous avez droit à l’erreur. Écrivez autre chose que de la pub.


Cossette conjugue au présent et à l’impératif.


À force de répéter ces injonctions comme un mantra, l’horizon devient une façon de penser.


On me demandait ce que je pensais.


Et les partys Cossette. Les meilleurs au Canada, dixit mon ami Normand Chiasson.


À l’époque, j’aurais été assis entre Georges et Daniel pour un mandat Air Canada, genre.


J’ai rendez-vous avec ce sentiment ce midi, à la tablée.


Il est question de voyage dans l’Arctique, d’associés de l’agence, de projets, de société, de communication, de culture, de politique et de vin blanc.


Il y a quelque chose de Schwartz’s Deli dans le style de Cossette.


Chez Schwartz’s, assis entre un prince et un voyou, nous sommes tous égaux, face à une assiette de smoked meat, cornichons, frites.


Le sandwich tient le rôle du plan d’affaires. Toujours devant.


Chez Cossette, le sandwich, c’est l’idée.


La tablée sert de rendez-vous.


Et la table, de trait d’union.




jeudi 1 janvier 2026

Un 27 décembre

 

Quelque chose vient de partir.


Une légère tension.


Depuis 2011, un balayage permanent de l’actualité pour alimenter mon cours Rédaction et communications publiques.


J’ai eu la chance de le donner, presque sans interruption, pendant quatorze ans. Je l’ai vu évoluer, en fonction des cohortes et des nouvelles technologies.


La rédaction professionnelle ou spécialisée ou stratégique. Elle rédige un CV, une lettre, un travail de session, un mémoire ou une thèse, une pub ou un communiqué.


Un algorithme.


Un cours s’adapte à sa société. Il s’alimente de l’actualité. Un article, une idée, un événement, une définition.


Un éléphant, l’IA générative.


Cette légère tension m’a quitté au moment où j’ai informé les ressources humaines de l’UdeM de mon départ à la retraite, le 1er janvier 2026.


Elle est partie en même temps que mon public étudiant, mon patron.


Je quitte mon X.


La jeune génération m’a alimenté pendant quatorze ans. Elle m’a tenu au courant de son actualité, son écriture, son talent, ses inquiétudes et sa confiance.


Comme elle, j’étais à l’école.


Un vrai beau métier.


J’y suis allé pour transmettre ce que j’avais appris de la rédaction publique. En publicité, en relations publiques, en promotion, en design. Ici et à l’international.


Aux hasards de la curiosité, le plan de cours a adopté les langages de l’architecture, du mobilier urbain, de la scénographie d’exposition et l’IA générative.


Le texte professionnel comme une histoire.


Un communiqué de presse débute par un titre et finit par une signature. Un communiqué non signé va à la poubelle. Il devient un exercice de rédaction coulé par une erreur de communication.


J’ai eu la chance de travailler pendant dix ans avec Robert Maltais, journaliste de carrière, éthicien de formation. Un homme de lettres, amoureux de la langue et soucieux des gens. Ce monsieur a été un encouragement constant.


Biba Fakhoury, Vice-doyenne, et Jean-Pierre Marquis, Vice-doyen et Secrétaire de la faculté, ont approuvé le financement de la rédaction de deux ouvrages et de deux séries balado, pour mes étudiantes et étudiants.


Pour la première fois à ma connaissance, un auteur décrivait dans le détail le processus de rédaction utilisé dans les agences professionnelles de communication. La rédaction abordée dans une perspective de communication.


Non pas des cours de pub ou de relations publiques, mais comment réfléchir une rédaction, en fonction d’un public. Ce que l’auteur américain Edward Bernays a appelé Propaganda. Comment manipuler l’opinion publique en démocratie, en 1928.


Depuis la parution de cet ouvrage, la rédaction imprimée est devenue électronique, radio et télé. Puis, numérique internet. Et aujourd’hui, un outil, une menace pour la santé mentale de nos jeunes par les algorithmes.


Deux saisons de balado sur les ondes de la radio étudiante CISM ont suivi, en 2024-25. Le thème: la rédaction de travaux universitaires, vue par des étudiantes et étudiants, et des routiers de la rédaction.


Le balado complète magnifiquement l’enseignement en présence. Il cristallise l’éphémère.


L’IA générative n’est que le prolongement de techniques de base de la rédaction. Elle va apporter de l’eau au moulin des gens de rédaction. Les obliger à prendre position. 


Comme la machine génère des textes à partir d’une masse phénoménale d’informations, son travail doit être révisé par des gens qui s’y connaissent.


Cette masse d’informations contient plus d’erreurs que d’exactitudes, à l’image de la nature humaine.


Il y a trois ans environ, Michel Janosz, doyen de la Faculé de l’Éducation Permanente (rebaptisée depuis Faculté de l’Apprentissage Continu, la FAC), informait le Conseil de faculté (Confep) que chaque faculté de l’UdeM offrirait un programme portant sur l’intelligence artificielle. Une initiative du professeur Yoshua Bengio, spécialiste en intelligence artificielle, à l’UdeM.


L’UdeM devrait aussi proposer un programme de rédaction dans chaque faculté. Comme une grammaire de l’IA générative. Comme un projet de lectures de textes, des gens, des tendances, des contextes et des sociétés. Aborder la machine du point de vue de la communication.


La réponse sera humaine. À nous d’aiguiser nos crayons.


Depuis 2011, année de mon entrée en fonction à l’UdeM, tous les enseignants et enseignantes avec qui j’ai abordé la question de rédaction de travaux, ont déploré une mauvaise qualité chronique. Je l’ai constaté dans les travaux, ainsi que dans plusieurs mémoires et thèses déposés.


Prendre soin de notre rédaction, c’est s’occuper de nos infrastructures. C’est surtout nous outiller pour faire face aux défis de l’IA générative.


Un gros défi surmontable.


Il s’est passé autre chose, le 27 décembre. Comme un calme nouveau.


Bien oui, fini les corrections. J’avais l’habitude de remettre mes notes de la session d’automne le 27.


Pour ce qui est de la suite, je serai là pour l’écrire.






vendredi 7 novembre 2025

Des votes ethniques

 

Des votes ethniques.


Ce bout de phrase a été prononcé comme un reproche, par l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, au soir du référendum sur l’avenir du Québec, le 30 octobre 1995.


Depuis, l’expression divise les ethnies.


Il n’y a pas de raison.


Existe-t-il des votes non-ethniques?


Ethnie : 1896. Du grec ancien, ethnos, « peuple, nation », écrit Usito . Groupe d'êtres humains qui possèdent, en plus ou moins grande part, un héritage socioculturel commun, en particulier la langue.


Le mot a été utilisé la première fois en 1896. Pour répertorier. Ou diviser.


« Ethnie » est un mot du même type que « frontière » ou « drapeau ». Un territoire exclusif. Un système fermé.


En 1884-85, les européens et les étatsuniens décident de découper l’Afrique en colonies. Jusque-là les frontières africaines étaient tantôt ethniques, tantôt géographiques. Elles étaient propices aux échanges. Un système ouvert.


Ces dits occidentaux n’avaient jamais mis les pieds en Afrique auparavant.


Mon ancêtre est arrivé ici vers 1680. La seule différence entre l’immigrant récent et moi, c’est 345 ans.


L’énoncé « des votes ethniques » constitue une erreur de méthodologie.


Sapiens a cette capacité de s’exclure des analyses dont il fait partie. À l'écouter, il ne fait pas partie du règne animal. La nature n’est pas sa mère.


Voilà un raisonnement de Sapiens occidental. Pas de Sapiens des Premières nations.


Sapiens des Premières nations est arrivé sur le continent, il y a environ 35 000 ans. Lui et Terre Mère font partie d’un même tout. L’autochtone remercie le caribou d’avoir sacrifié sa vie au profit de la communauté.


Jeune anthropologue, Serge Bouchard a appris par coeur le nom de plus de cinq cents nations autochtones d’Amérique du Nord. « C’était ma maladie mentale », dit-il dans un documentaire.


On en compte onze aujourd’hui au Québec. Abénakis, Anichinabés, Atikamekw, Eeyou, Wendat, Innus, Inuit, Wolastoqiyik, Mi’gmaq, Kanien’keha:ka, Naskapis.


Cette maladie mentale l’a servi, quand est venu le temps de nommer les disparus des guerres, massacres et exterminations qui parsèment l’histoire des États-Unis.


Je relis Serge Bouchard sans me lasser. Je repasse les mêmes passages comme autant de sentiers. Les détails s’incrustent dans ma mémoire comme préludes à l’histoire d’avant mon arrivée.


Le peuple rieur, hommage à mes amis Innus, écrit en collaboration avec sa conjointe Marie-Christine Lévesque. Je ne me lasse pas de ses trajets en Volkswagen Beetle pour transporter des ainées. De ses récits de gens, de nature, de loups et de nations. Merci, maladie mentale.


Je viens de lire les chroniques Le parti du loup et Ouigoudi sur la rivière clinquante, publiées dans Les yeux tristes de mon camion. Un hommage à quelques-une des cinq cents nations.


Aux pages 206-207, il écrit L’anthropologie nous enseigne que les chiffres anciens étaient magiques, qu’il y avait un tableau des correspondances poétiques entre tous les éléments de la nature, que les arbres avaient charge symbolique, que les animaux et les étoiles se rejoignaient dans des assemblées nocturnes et que chaque geste s’inscrivait dans la démarche sacrée d’une âme en train de suivre une voie.


Nous sommes tous des votes ethniques.


Nous sommes sommes tous des immigrants.


Nous appartenons toutes et tous à la seule et unique race humaine.


L’anthropologie, comme un concert des nations.


Mon exemplaire de Les yeux tristes de mon camion ouvre sur une note inédite.


Pour Luc

Reconnaissance

Merci de lire

Merci d’écouter

Serge Bouchard

Février 2017