Je suis en train de lire Paris est une fête, d’Ernest Hemingway. Je lis ce monsieur pour la première fois.
Il écrit des images du Paris des années 20. Des artistes désoeuvrés, en début de carrière. Tout le monde tire le diable par la queue. Une époque où on pouvait accrocher un Picasso au mur et garder les fenêtres ouvertes.
J’apprenais beaucoup de choses en contemplant les Cézanne mais je ne savais pas m’exprimer assez bien pour l’expliquer à quelqu’un, écrit Hemingway, à la page 52.
Le lendemain, je suis allé chercher deux ouvrages sur Cézanne, à la BAnQ. Je voulais voir ce qu’avait ressenti Hemingway.
Les années 20 à Paris. Une toile, du papier, de la chair, des crayons et des bouteilles.
C’est Charles Aznavour, le galbe d’une hanche et nous étions heureux.
Enrichis ta tête, les poches suivront.
Ces gens partagent la vedette dans Midnight in Paris, du cinéaste américain Woody Allen.
J’écoute Une nuit à Paris, du groupe britannique 10cc. Une bande son en toile de fond.
10cc, c’est les Beatles des années 70.
Paris est une fête est un roman documentaire à dimensions multiples. Un guide d’anthropologie touristique et il est minuit à Paris.
Documentaire, comme le dialogue de la première rencontre entre Hemingway et Scott Fitzgerald. J’ai envie de donner des baffes à l’imbuvable Fitzgerald.
Le dialogue est l’art de la conversation.
Hemingway loge au 75, rue du Cardinal Lemoine, en compagnie de sa première femme, Elizabeth Hadley Richardson. L’adresse s’appelle maintenant La Maison Hemingway.
Hemingway adopte la librairie du 27, rue de Fleurus. La libraire Gertrude Stein lui propose un abonnement gratuit, en attendant l’argent. Hemingway retient de cette poétesse américaine sa générosité et son caractère carré.
Le drapeau est un lien immatériel.
Chaque fois qu’un nom ou une adresse nouvelle parait dans le texte, je pars à la chasse. Qui partage la table d’Hemingway. Qui passe dans la rue, qui meuble la conversation.
L’écrivain suisse et français, Blaise Cendrars et son faciès de boxeur.
L’écrivain et historien anglo-français Hilaire Belloc.
Gertrude Stein. Elle a baptisé ces artistes La génération perdue.
Picasso admire Cézanne. Hemingway apprend l’écriture avec Cézanne. Fitzgerald lance la carrière d’Hemingway.
Beaucoup de gens auraient payé cher pour être perdus dans Paris et les années 20.
J’appris à comprendre bien mieux Cézanne et à saisir vraiment comment il peignait ses paysages, quand j’étais affamé, écrit Hemingway, à la page 108.
Le romancier Ford Madox Ford a l’air aussi irrespirable en photo que dans sa conversation avec Hemingway.
J’aurais bien pris une bière ou quatre avec le romancier américain Ezra Pound.
Je me sens chez moi dans l’écriture d’Hemingway et je m’entends bien avec les sales caractères.
Hemingway a écrit Paris est une fête, entre 1957 et 1959, trois ans après avoir obtenu le prix Nobel de littérature. Le roman sera publié en 1964, trois ans après sa mort.
Bref, le livre des débuts publié après la fin.
Je n’ai jamais rencontré un livre comme j’ai lu celui-là.
Une classe de maître. Pour les descriptions, les dialogues et les toilettes turques.
J’ai l’impression d’être un fil coulant dans un savant tricot.