Quelque chose vient de partir.
Une légère tension.
Depuis 2011, un balayage permanent de l’actualité pour alimenter mon cours Rédaction et communications publiques.
J’ai eu la chance de le donner, presque sans interruption, pendant quatorze ans. Je l’ai vu évoluer, en fonction des cohortes et des nouvelles technologies.
La rédaction professionnelle ou spécialisée ou stratégique. Elle rédige un CV, une lettre, un travail de session, un mémoire ou une thèse, une pub ou un communiqué.
Un algorithme.
Un cours s’adapte à sa société. Il s’alimente de l’actualité. Un article, une idée, un événement, une définition.
Un éléphant, l’IA générative.
Cette légère tension m’a quitté au moment où j’ai informé les ressources humaines de l’UdeM de mon départ à la retraite, le 1er janvier 2026.
Elle est partie en même temps que mon public étudiant, mon patron.
Je quitte mon X.
La jeune génération m’a alimenté pendant quatorze ans. Elle m’a tenu au courant de son actualité, son écriture, son talent, ses inquiétudes et sa confiance.
Comme elle, j’étais à l’école.
Un vrai beau métier.
J’y suis allé pour transmettre ce que j’avais appris de la rédaction publique. En publicité, en relations publiques, en promotion, en design. Ici et à l’international.
Aux hasards de la curiosité, le plan de cours a ajouté les langages de l’architecture, du mobilier urbain, de la scénographie d’exposition et l’IA générative.
Le texte professionnel comme une histoire.
Un communiqué de presse débute par un titre et finit par une signature. Un communiqué non signé va à la poubelle. Il devient un exercice de rédaction coulé par une erreur de communication.
J’ai eu la chance de travailler pendant dix ans avec Robert Maltais, journaliste de carrière, éthicien de formation. Un homme de lettres, amoureux de la langue et soucieux des gens. Ce monsieur a été un encouragement constant.
Biba Fakhoury, Vice-doyenne, et Jean-Pierre Marquis, Vice-doyen et Secrétaire de la faculté, ont approuvé le financement de la rédaction de deux ouvrages et de deux balados, pour mes étudiantes et étudiants.
Pour la première fois à ma connaissance, un auteur décrivait dans le détail le processus de rédaction utilisé dans les agences professionnelles de communication. La rédaction abordée dans une perspective de communication.
Non pas des cours de pub ou de relations publiques, mais comment réfléchir une rédaction, en fonction d’un public. Ce que l’auteur américain Edward Bernays a appelé Propaganda. Comment manipuler l’opinion publique en démocratie, en 1928.
Depuis la parution de cet ouvrage, la rédaction imprimée est devenue électronique, radio et télé. Puis, numérique internet. Et aujourd’hui, un outil, une menace pour la santé mentale de nos jeunes par les algorithmes.
Deux saisons de balado sur les ondes de la radio étudiante CISM ont suivi, en 2024-25. Le thème: la rédaction de travaux universitaires, vue par des étudiantes et étudiants, et des routiers de la rédaction.
Le balado complète magnifiquement l’enseignement en présence. Il cristallise l’éphémère.
L’IA générative n’est que le prolongement de techniques de base de la rédaction. Elle va apporter de l’eau au moulin des gens de rédaction. Les obliger à prendre position.
Comme la machine génère des textes à partir d’une masse phénoménale d’informations, son travail doit être révisé par des gens qui s’y connaissent.
Cette masse d’informations contient plus d’erreurs que d’exactitudes, à l’image de la nature humaine.
Il y a trois ans environ, Michel Janosz, doyen de la Faculé de l’Éducation Permanente (rebaptisée depuis Faculté de l’Apprentissage Continu, la FAC), informait le Conseil de faculté (Confep) que chaque faculté de l’UdeM offrirait un programme portant sur l’intelligence artificielle. Une initiative du professeur Yoshua Bengio, spécialiste en intelligence artificielle, à l’UdeM.
L’UdeM devrait aussi proposer un programme de rédaction dans chaque faculté. Comme une grammaire de l’IA générative. Comme un projet de lectures de textes, des gens, des tendances, des contextes et des sociétés. Aborder la machine du point de vue de la communication.
La réponse sera humaine. À nous d’aiguiser nos crayons.
Depuis 2011, année de mon entrée en fonction à l’UdeM, tous les enseignants et enseignantes avec qui j’ai abordé la question de rédaction de travaux, ont déploré une mauvaise qualité chronique. Je l’ai constaté dans les travaux, ainsi que dans plusieurs mémoires et thèses déposés.
Prendre soin de notre rédaction, c’est s’occuper de nos infrastructures. C’est surtout nous outiller pour faire face aux défis de l’IA générative.
Un gros défi surmontable.
Il s’est passé autre chose, le 27 décembre. Comme un calme nouveau.
Bien oui, fini les corrections. J’avais l’habitude de remettre mes notes de la session d’automne le 27.
Pour ce qui est de la suite, je serai là pour l’écrire.